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Paix, mémoire et pouvoir
Vendredi 20 janvier, 6h00
Point de vue
Par Erutan Kimbembe
Une
certaine compréhension de la politique congolaise voudrait que la paix soit
réduite à n’être que la résultante des retours d’exil et d’alliances entre
différents camps jadis ennemis. Cette paix aurait pour fondement les quelques
initiatives de rapprochement amorcées par divers acteurs politiques, les
déclarations lénifiantes des politiciens, ainsi que leurs contritions
publiques. Avec le prétendu « retour du soleil » au Congo, pour reprendre une
_expression_ chère à M. Hervé M. Mahicka, notre pays devrait dorénavant entrer
dans une ère illuminée par une constellation politique constituée d’alliances
diverses fondant un équilibre des forces. En substance, la stabilité sociale
et politique du Congo se mesurerait dans l’effort des uns et des autres de
tendre les énergies vers cet équilibre de forces politiques.
Les
cœurs meurtris par l’évolution sociale, culturelle, économique et politique
du Congo, ainsi que les esprits perspicaces, considèrent à juste titre
l’analyse de Mahicka et ceux qui sont dans la même ligne de pensée comme une
perspective linéaire qui, par son simplisme, méconnaît le poids de
l’historicité en politique ou dans la science qui l’étudie, à savoir
la science politique. Non seulement cette analyse politique se méprend sur
les enjeux majeurs structurés par les réalités de pouvoir et d’intérêt,
mais elle constitue aussi, par sa légèreté, une offense à la mémoire
collective.
Nous soutenons plutôt que l’inexorable perspective de la «
longue durée », selon l’_expression_ de Fernand Braudel, permettant de
discerner les détours, les retournements, la variabilité, la précarité, le
hasard et la nécessité des faits de l’existence dans l’inextricable condition
du temps et de l’espace, n’autorise pas la négligence des discontinuités et
des échecs qui jalonnent le processus d’intégration sociale, le parcours
économique, l’évolution culturelle et le développement politique au Congo.
L’action qui aboutit à la paix durable et véritable est celle qui en
tient indubitablement compte pour réussir. Pourquoi verser dans
l’inadéquation face à l’histoire et dans l’opportunisme en adoptant une
approche qui réduit la paix aux rapprochements et alliances politiques ? En
outre, l’insouciance guide l’acte qui s’approprie l’initiative de paix
en l’isolant des données historiques et des survivances imprimées dans
la mémoire collective, et en extirpant des modalités et de
l’analyse l’intentionnalité, les actions, les évènements, les intérêts et les
visions qui ont contribué à la discontinuité ou la rupture de la paix.
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